Fake news : une fausse épidémie ? / no. coord. par Pierre Rimbert

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Des élections américaines à la crise du Covid-19, tout événement s’accompagnerait désormais d’une vague de fake news. Mais cette épidémie est-elle si nouvelle ? Depuis le XIXe siècle, les médias traditionnels qui se dressent pour défendre la vérité enchaînent bobards et faux scoops.
Menée au nom de la vérité et de la factualité, la bataille internationale contre les « fake news » est d’abord une lutte politique : elle transpose dans l’univers des médias l’offensive des partis centristes contre les dirigeants dits « populistes », qu’ils soient bolivien, nord-américain ou français. Elle charrie aussi le mépris des populations urbaines, diplômées, expertes, à l’encontre des classes populaires supposées incultes, crédules et influençables.
Du « bourrage de crâne » lors de la première guerre mondiale aux mensonges contre les mouvements sociaux, la désinformation suit le journalisme comme une ombre. Quand ils ne peuvent plus nier un bobard, les dirigeants éditoriaux concèdent un « dérapage ». Et proclament que le vrai danger vient des « fake news » véhiculées sur les réseaux sociaux : la presse établie défend son monopole de la falsification légitime.
Plus vite, plus faux, plus fort... telle pourrait être la devise de la course à l’audience engagée dans les médias au début des années 1980 au nom de la concurrence. Celle-ci devait revivifier le pluralisme. Elle a engendré un monstre à mille têtes, dont chacune s’emploie à raconter la même histoire avant l’autre, sans se soucier d’enquêter ou de vérifier. Avec les médias numériques, l’information-marchandise atteint son plein accomplissement. [Ed.]