Mettre l’économie face à ses responsabilités

8.12.2020
Article global
Avec la majorité populaire de son côté, la très large coalition de 130 organisations de la société civile peut avoir le sentiment d’avoir gagné.

Le lobby des multinationales peut-il vraiment se réjouir de son court succès dans les urnes, reposant uniquement sur le fait d’avoir réuni la majorité des cantons, et dû à une campagne qui a instillé la peur comme nulle autre auparavant ? Le fait est qu'une majorité de 50,7% des électrices et des électeurs suisses a voté « oui ». Elle s’est opposée aux courants qui ont cru des décennies durant pouvoir diriger la politique suisse dans leur propre intérêt, tout en ignorant largement les droits humains et l’environnement dans l’hémisphère sud.

Il y a lieu d’accepter l’échec en votation de l'initiative pour des multinationales responsables. Mais force est de constater qu’avec la majorité populaire de son côté, la très large coalition de 130 organisations de la société civile peut avoir le sentiment d’avoir gagné. Jamais auparavant les questions relatives à la responsabilité globale de la Suisse et à son modèle économique n’ont fait l’objet de discussions aussi intenses sur tous les canaux médiatiques imaginables. Jamais auparavant economiesuisse, SwissHoldings, l'Union suisse des arts et métiers et l’Union suisse des paysans n’ont senti leurs arguments aussi vigoureusement combattus. Ces courants, pour lesquels la conservation du pouvoir et du profit semble apparemment importer davantage que le respect des droits humains et des normes environnementales dans les pays en développement, ne sont parvenus à imposer leur leadership que par des moyens douteux.

Une majorité d’électrices et d’électeurs dans les villes et en Suisse latine n'était pas prête à se laisser berner par une campagne truffée de contrevérités et de travestissements sur la signification d’une conduite responsable des entreprises. De nombreux entrepreneurs et investisseurs clairvoyants ont également refusé la position dure et intransigeante des dirigeants de la vieille école et indiqué une voie différente et durable pour l’économie.

Le résultat de la votation du 29 novembre provoque l’entrée en vigueur du contre-projet indirect à l’initiative proposé par economiesuisse et la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Ce qui fait particulièrement défaut à ce contre-projet, c’est un devoir de diligence intersectoriel et un mécanisme de responsabilité qui inciteraient les entreprises dont les relations d’affaires font planer des risques sur les droits humains et l'environnement à évaluer sérieusement ces risques et à y remédier. En lieu et place, nous lirons bientôt des rapports attestant des quelques mesures prises dans le domaine de la durabilité sociale et écologique. Mais nous savons que le papier est indulgent ; il y aura toujours des multinationales qui considéreront ces rapports comme un pur alibi, sans aucune conséquence pour elles.

Une chose est claire : la coalition pour le oui à l’initiative qu'Alliance Sud a marquée dès le début de son empreinte, continuera à suivre la situation de près. Elle veillera à ce que l’économie soutienne la contribution suisse au développement durable mondial, dont la nécessité est urgente.